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Apprendre le français » Le pourquoi du comment des ateliers de conversation

La conversation est une activité quotidienne, qui peut sembler anodine lorsqu’elle est menée en langue maternelle. Les mots viennent naturellement, on arrive plus ou moins à exprimer ce qu’on veut dire (la majorité du temps). Rappelez-vous maintenant ces instants suspendus, où il a fallu improviser quelques mots en langue étrangère pour répondre à Peter qui avait perdu son chemin. Oui, c’est tout de suite beaucoup plus compliqué d’ajouter de la nuance dans son discours, de faire un trait d’esprit, et d’expérimenter un moment de pur lâcher-prise. Les mots ne viennent pas, on conjugue les adjectifs, on ne sait plus dire “tout droit” et notre blague a fait un bide. C’est bien normal. Celui qui s’exprime en langue étrangère se retrouve confronté à plusieurs obstacles : grammaire, lexique, syntaxe, mais aussi sonorités, compréhension et implicites culturels… 

Et pourtant, il faut s’y frotter. Encore, et encore, car parler spontanément en langue étrangère est tout simplement indispensable à son acquisition. 

Dans une discussion, il se passe beaucoup de choses sur les plans linguistique, communicationnel, interactionnel : faut-il vouvoyer ou tutoyer son interlocuteur, pourquoi ? Choisir un conditionnel pour ne pas brusquer dans mes demandes ? Aborder un sujet frontalement ou de manière détournée pour ne pas froisser ? Raconter un récit au présent, comme si j’y étais pour emporter mon auditoire, ou choisir les temps du passé ? Quel registre de langue utiliser ? Ce terme paraîtra-t-il familier, incongru, déplacé ? Dans quelle mesure puis-je me livrer, et ou m’arrêter pour ne pas gêner ? Qu’est-ce qui fait partie du privé, de l’intime, voire de l’impudique ? Et à quels moments je parle ? Suis-je en mesure de m’exprimer suffisamment, et de laisser les autres prendre aussi leur place ? 

Toutes ces questions sont traitées relativement naturellement en langue première, mais peuvent devenir problématiques lors du passage vers la langue étrangère. Car détrompez-vous, passer d’une langue à une autre, ce n’est pas du tout faire de la traduction. Chaque langue est un système à part entière, superposable à aucun autre, avec sa structure propre, ses implicites, ses codes, sa mémoire. Nous connaissons d’ailleurs tous des mots qui n’existent que dans une langue. Chaque langue découpe la réalité à sa manière, et entrer dans une nouvelle langue, c’est un peu comme entrer dans une nouvelle réalité, étrangement semblable et différente.

C’est cette sensation d’étrangeté que visent à réduire les ateliers de conversation. Ce sont des espaces réguliers de rencontre, d’échange, de jeu, de débat, en langue étrangère (ici le français) pour améliorer, fluidifier, décomplexer sa pratique orale. Il est animé par une personne qui connaît bien cette langue-cible (ici moi). L’ambiance est conviviale et décontractée (enfin j’espère). L’objectif est de faire oublier aux participants qu’ils s’expriment en langue “étrangère”.

 Le but des ateliers de conversation sera de recréer, le plus fidèlement possible et avec un accompagnement didactique, ces situations informelles de conversations de la vie courante, par le choix des sujets proposés, et si possible en multipliant le contact avec des locuteurs natifs (à commencer par la prof). L’atelier devient alors un réel lieu de parole, où la langue n’est plus un objet d’étude, de contrainte et de règle, mais bien l’outil qui génère du lien et de l’affect entre les gens. Des personnes du monde entier viennent, se croisent, avec leur bagage personnel et culturel, et les langues se délient naturellement tandis que le français devient la langue du partage des idées, du lien et de l’échange.

 Pour parler une langue étrangère, nous avons besoin de deux ingrédients : des connaissances sur son fonctionnement, et des situations pour parler.  Ainsi, les ateliers de conversations ne se substituent pas aux cours plus formels. Il s’agit d’une démarche complémentaire, tout comme se confronter à des situations telles que prendre les transports en commun, aller faire ses courses, ou indiquer la route à Peter.